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Zwift – Le curseur Difficulté du Trainer – La Pratique

Zwift – Le curseur Difficulté du Trainer – La Pratique

« La théorie, c’est quand on sait tout et que rien ne fonctionne.
La pratique, c’est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi »

Albert Einstein

Fort du précédent article sur le sujet (à lire ici), nous savons qu’à même puissance, nous aurons la même vitesse, et ce, quelle que soit la position du curseur du difficulté du trainer.

C’est assez facile à démontrer car c’est l’application bête et froide d’une formule mathématique. Donc la théorie trouve une application directe …

Mais si on se posait la question différemment : produit-on la même puissance en fonction du réglage du curseur de la difficulté du trainer ?

L’analyse sera forcément très différente. En effet, elle touche à des éléments plus ambiguës et impalpables. Je vais donc raisonner empiriquement en réalisant un cas pratique, tenter d’en déduire interprétation théorique puis déterminer les implications pratiques.

Le cas pratique

Je me suis donc prêté à l’exercice suivant : réaliser le KOM de Zwift à 0% et à 100% (ma position par défaut) de difficulté – ceci permettant de comparer les valeurs extrêmes. Bien sûr, j’ai pris soin de prendre un vélo CLM pour ne pas être impacté par l’aspiration.

J’ai donc pris de l’élan à 220w sur la partie plate précédant le KOM puis j’ai réalisé la montée à 340w.

Comme on peut s’y attendre, il y a une énorme différence dans la façon dont j’ai produit cette même puissance (courbe rose):

  • Avec le curseur à 0%, la simulation du relief est désactivée. En l’absence de variation de la résistance, ma puissance a donc été très stable. En fait, mon home-trainer s’est comporté comme un modèle classique (non-interactif) et j’ai pu placer un pédalage souple et sans à-coups (il suffit d’observer ma cadence – courbe jaune).
  • Avec le curseur à 100%, j’ai subi les variations de résistance liée au relief. A chaque changement de pente, on note une variation importante de puissance qui caractérise le temps nécessaire pour que je réadapte mon pédalage (en changeant de vitesse).

De cette simple observation, on est déjà quasi certain que le paramètre de difficulté du trainer influence la production de puissance et que cela va nécessairement impacter les performances …

Pour finir de s’en convaincre, il suffit d’observer ma vitesse (courbe verte). L’exemple le plus flagrant est la relance dans l’épingle à la moitié de la montée :

Sans la variation de résistance liée au relief (curseur à 0%), je n’ai pas eu à changer de rapport et adapter mon pédalage. Ce gain d’efficacité m’a permis d’atteindre 31km/h, là où je n’ai pu atteindre que 27km/h avec le curseur à 100%. Ces quelques km/h supplémentaires m’ont été bénéfiques dans la deuxième partie de la montée car j’ai profité de plus d’élan …

Le premier constat est donc qu’il existe bien des conséquences « mécaniques » au réglage de ce curseur.

Le deuxième constat est plus impalpable : il est du domaine du ressenti pur. En effet, je n’ai pas vécu les deux efforts de la même manière (pas la même exertion) :

  • Celui à 0% m’a paru plus clairement plus facile. En effet, j’ai tenu mon rythme, totalement concentré sur la fluidité de mon pédalage, sans avoir ni à relancer ni à encaisser les augmentations de résistance induites par les mises en montée.
  • A 100%, j’ai dû jongler avec mes plateaux, replacer mon pédalage, forcer pour relancer ou pour tenir l’élan dans les montées.

Ce constat, même s’il est impalpable n’a rien d’étonnant. On sait que produire une même puissance moyenne est d’autant plus éprouvant que les variations de puissance mises en œuvre sont importantes.

L’interprétation théorique

Pour vérifier l’effet de la variation de puissance sur la performance, on peut prendre un exemple simple :

Prenons notre cycliste préféré (toujours 75kg et 8kg de vélo) et soumettons-le à deux versions d’une séance de 20’ à 200w moyen réalisée à plat et sans vent :

  • Version A : 20’ à 200w
  • Version B : 5’ à 100w, puis 10’ à 300w, puis 5’ a 100w.

Tout le monde sera d’accord : on aura développé la même puissance moyenne sur A et B.

Seulement sur l’exercice A, notre cycliste aurait roulé à 33,49km/h de moyenne et à 32,22 km/h sur B – soit une différence de 1,27 km/h …

Bien sûr, la démonstration est grossière … car elle repose sur la moyenne arithmétique de la puissance qui n’est pas représentative du cumul de l’ensemble des effets dans le temps de l’évolution de la puissance (en gros, pour les scientifiques, on ne remplace pas l’effet d’une intégrale par une simple moyenne).

Mais cet exemple démontre bien que la variation de puissance a un coût : celui de rattraper le temps perdu à faible puissance.

Sur notre exemple, on peut déterminer que pour réaliser la même moyenne que sur A, notre cycliste aurait dû produire 344w pendant 10’ au lieu des 300w. Il aurait donc dû produire 15% de puissance en plus sur 50% du temps de l’exercice. C’est colossal surtout quand on sait le cout physiologique d’un tel effort à haute intensité.

Même si cela est complexe à quantifier, on ne peut donc pas écarter que toute variation de puissance dans le jeu se traduira par une baisse de la vitesse moyenne. Cela donne donc un premier avantage a ceux qui mettent le curseur plutôt « à gauche ».

De plus, toute baisse de puissance induite devant être surcompensée pour tenir la même performance, cela implique des efforts au-delà de la puissance critique. C’est envisageable ponctuellement sans cout physiologique important, mais c’est beaucoup plus incertain sur une heure de course au maximum de son potentiel (donc à FTP).

C’est exactement pour cette raison qu’il est primordial de se « pacer » dans l’effort. C’est-à-dire d’avoir une gestion stable de sa puissance pour s’économiser. C’est la clé pour réaliser des efforts soutenus sur de longues durées.

D’ailleurs, il ne vous aura pas échappé que le test FTP classique de Zwift se fait avec la simulation du dénivelé désactivée … Vous en connaissez maintenant une des principales raisons (l’autre étant la reproductibilité).

Les implications pratiques

On a isolé la cause potentielle de la perte de performance mais encore faut-il identifier où et comment cela va se manifester dans le jeu ? La réponse est simple : le curseur modifie la simulation du relief. Donc passons les différentes situations en revue.

Le plat

Fondamentalement, c’est le plus simple à analyser … Puisqu’il ne se passera … rien !

En effet, la résistance sera identique à 0% et 100% et donc il n’y aura pas d’effet sur la puissance produite (ni en quantité, ni en variation).

Les montées

En montée, la résistance va être très différente selon la position du curseur :

  • à 0%, elle sera égale à celle ressentie sur le plat,
  • à 100%, elle sera maximale (dans la limite de la capacité du home-trainer à produire ladite résistance).

Si l’on considère une pente positive constante à 5%, une fois que le cycliste aura adapté son rapport de transmission et retrouver sa cadence de confort (autour de 90rpm), il produira la même puissance que sur le plat – et ce de façon constante.

Néanmoins, même si la pente ne génère pas de puissance, il est indéniable qu’il existe un effet psychologique permettant de mobiliser ces forces. S’il n’accroit pas le potentiel physique du cycliste, ce surplus de combativité peut être un avantage (qui reste modeste et transitoire).

En cas de pente importante, un autre phénomène va peser pour le cycliste ayant un réglage à 100% : il peut se retrouver sur son développement le plus court et devoir travailler à plus faible cadence en augmentant la force. Sur une montée longue, ceci aura inévitablement un impact sur la fatigue musculaire et la performance diminuera à terme. En l’absence de résistance, le cycliste à 0% sera totalement à l’abri de cette fatigue complémentaire.

Dernier facteur, le modèle du home-trainer va aussi jouer sur ce dernier point. En effet, un cycliste à 100% sur un home-trainer capable de simuler 6-7% max n’aura pas le même ressentie celui sur un modèle puissant – et in-fine pas le même effet fatigue.

En conclusion, on dira qu’en montée, l’effet est quasi nul sauf sur les gros pourcentages où le cycliste à 0% aura un engagement musculaire moindre car il pourra conserver une cadence confortable.

Les descentes

Le rôle d’un home-trainer est de produire de la résistance permettant de simuler les forces qui s’opposent au mouvement du cycliste : le vent relatif, la gravité dans les montées et les frottements au sol.

Par contre, les home-trainers ne savent pas simuler les forces qui contribuent à l’avancement du cycliste et notamment la force gravitationnelle dans les descentes. Pour cela, il faudrait qu’il soit en mesure de produire une résistance négative, c’est-à-dire … une assistance au pédalage.

A défaut de pouvoir simuler cela, la résistance du home-trainer va être baissé au minimum. Sans résistance, le cycliste va avoir du mal à passer sa force et sera contraint d’exagérer sa vélocité pour maintenir la puissance – et l’effet cardio qui va avec.

Par contre, le cycliste utilisant 0% dispose lui de la résistance qu’il aurait sur le plat … Il peut donc tranquillement passer sa force, conserver sa cadence et produire une puissance cohérente. Il est donc nettement avantagé.

C’est pour cette raison que de nombreuses personnes utilisant un réglage 100% relatent le fait qu’elles se font semer dans les descentes durant les courses.

Complément sur les Néo

Les modèles Neo disposent d’une fonctionnalité dite « down-hill simulation ». Dans les descentes, l’unité de résistance du Néo va se comporter comme un moteur et assister le pédalage. Ceci contribuant à diminuer encore plus la résistance opposée au cycliste et donc accentuer encore le phénomène décrit plus haut.

Bien sûr, l’activation de cette fonctionnalité est proportionnelle à la position du curseur. Les possesseurs de Néo à 100% seront donc encore plus désavantagés que les autres … Ils y trouveront une raison supplémentaire de décaler le curseur à gauche !

Les changements de pente

Pour le cycliste à 100%, tout changement de pente va provoquer une modification de la résistance et donc une modification transitoire de la puissance (le temps que le cycliste change de rapport et/ou adapte son pédalage).

Le cycliste à 0% ne sera pas du tout impacté car la résistance ne variera pas et il pourra conserver sa cadence sans changer de vitesse.

Augmentation de la pente

Lors d’une mise en montée, le cycliste à 100% va inconsciemment tenter de conserver son élan en maintenant sa cadence alors que le couple de résistance augmente. Ceci se traduit donc par une augmentation transitoire de la puissance que le cycliste ne pourra pas tenir longtemps. Il finira donc par changer de vitesse pour diminuer son développement et retrouver un pédalage confortable.

Néanmoins, cette surproduction va contribuer à lisser la baisse de la vitesse inhérente à l’augmentation de la pente. C’est-à-dire que la vitesse baissera moins vite qu’à watt constant (ce qui est le cas du cycliste à 0%). Cependant, rien n’empêcherait ce dernier de compenser ce petit inconvénient et ce, pour le même cout physiologique.

Donc, il y a théoriquement un avantage pour le cycliste à 100%, mais celui-ci peut être effacé par si le coureur à 0% fait preuve anticipation …

Diminution de pente

Par opposition, les virages en épingle, les replats ou l’arrivée au sommet des montagnes sont autant de situations où il est nécessaire de relancer afin de reprendre de la vitesse.

Pour le cycliste à 100%, la résistance du home trainer va brutalement baisser, provoquant une hausse de la cadence ne permettant pas de compenser la baisse du couple de résistance. La production de puissance va inévitablement chuter le temps que le cycliste remette en place son pédalage après avoir changé de vitesse.

Pour le cycliste à 0%, le HT n’imprimera aucune modulation de résistance. Il ne subira donc aucune perte de résistance et la nécessité même d’une relance disparaitra. Sa puissance restera constante et il bénéficiera une bien meilleure prise de vitesse. Il aura un donc un gain clair et difficilement compensable même avec beaucoup d’anticipation.

En conclusion

Dès lors que le curseur à un effet sur la production de puissance, on ne peut nier qu’il impacte la performance. L’inconnu reste de savoir dans quelles proportions et si cela est réellement significatif. 

On sait que ces conséquences vont être variables en fonction du dénivelé du parcours. Sur un parcours plat, l’effet sera nécessairement faible et sans doute non-significatif. Par contre, plus le parcours sera accidenté (pentes et variations nombreuses), plus l’effet sera important.

Mais même si les effets directs sont minimes, il faut comprendre qu’ils peuvent être amplifiés par des conséquences indirectes : perdre quelques watts dans une relance ou dans une descente, c’est potentiellement se faire décrocher d’un groupe et donc perdre le bénéfice de l’aspiration de celui-ci. Et dans Zwift, comme dans le monde réel, ça se « paye cash » …

Si un curseur à 100% offre l’avantage du réalisme, il est tout aussi certain qu’un curseur à 0% ne peut que favoriser les performances.

A propos de l'auteur

Bertrand PASQUIER

En recherche permanente d'une réponse à la question "Combien de vies dans une vie ?" ... Ou comment concilier sport, travail, famille, amis & passions !

8 commentaires

  1. Avatar

    Excellent cet article !

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  2. Avatar

    Bonjour.
    Ayant en élite suito qui simule 16%, si je laisse le curseur par défaut, une cote a 10% dans le jeu corespondra a une difficulté de 5 en extérieur. Il faut donc mettre au Max pour bien bosser dans les montées ?

    Réponse
    • Avatar

      Salut,

      En fait, il faut voir les choses un peu différemment … Effectivement, la résistance qui te sera simulée sera moindre.
      Mais, instinctivement, tu choisiras un rapport plus plus long (plus a droite si tu préfères). Par exemple, au lieu d’être sur ton 32 dents, tu vas rester sur ton 28 …
      Du coup, la différence va être la marge de manoeuvre pour aborder de tres forts pourcentages.

      Néanmoins, tu produits malgré tout un effort qualitatif, meme à 50% …

      Bien à toi

      Réponse
  3. Avatar

    Merci Bertrand pour cet article.

    J’ai un Neo2 et depuis le début je n’avais pas touché le réglage qui est à 50%.
    Mais depuis 2-3 jours je me tâte à le faire pour être plus réaliste mais je risque de souffrir en groupe sur les forts pourcentages car je n’ai qu’un 36X28 et je compte faire la Haute Route ce week-end.
    Cruel dilemme….

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    • Avatar

      Bonjour,

      Le mieux est d’essayer ! Surtout avant la Haute Route …
      Une chose est sur, si tu coinçais, tu peux toujours cliquer sur Menu > Réglages > puis baisser la valeur !

      Bien à toi

      Réponse
  4. Avatar

    Bonjour/Bonsoir, merci pour ces articles super intéressants sur ce fameux curseur. Je l’ai découvert il y a 10 jours… je trouvais étonnant que je puisse monter l’Alpe si “facilement”. Je l’ai donc mis à 100% il y a 10 jours.
    1er constat : les variations de pentes se font beaucoup plus ressentir. Je suis sûr un Wahoo kickr core.
    2ème point : j’améliore mes temps sur les montées courtes (volcan par exemple), mais sans doute grâce à l’entraînement.
    3ème point : impossible de monter l’Alpe… je suis à 55/60rpm pour 200 à 230W (FTP 204W) donc effectivement la fatigue se fait ressentir dès le début très dur de l’Alpe avec des passages à 12 et 13%. J’ai les cuisses durent dès le virage 19 c’est horrible. J’ai fait 2 montées avec le réglage par défaut à 50% c’est encourageant et gratifiant mais après avoir découvert ce réglage je me dis que j’ai encore du boulot!

    J’ai effectivement remarqué que je me faisais distancer dans les descentes maintenant… je ne comprenais pas pourquoi, maintenant oui.

    Je vais garder le réglage à 100%, je ferai du dénivelé sur les autres pentes et retournerai sur l’Alpe après quelques semaines.

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    • Avatar

      Salut,

      1) C’est tout a fait normal … Cela augmente les variations de la valeur de pente.
      Donc la nécessité de changer les vitesses.

      2) Sur les montées à pentes moyennes, le petit surplus de résistance va te permettre d’appuyer plus fort et donc de gagner en temps.
      Mais, il est aussi fort probable que l’entrainement joue beaucoup.

      3) Pour l’alpe, effectivement, c’est plus dur et plus long. Il est fort possible que tu n’es pas un braquet adapté pour monter. En effet, il faut un développement court pour garder de la vélocité. Si ton vélo est limité (par exemple si tu as une pratique plaine et une cassette 11-25), tu peux diminuer la difficulté à 75-80%. Cela compensera, entre autres, les développements de ton vélo et ton poids pour te donner un résultat faisable et réaliste.

      Bien à toi

      Réponse
  5. Avatar

    Pour la résistance HT:

    Ce paramètre « Difficulté du Trainer » permet de gérer la retranscription du ressenti des pentes.
    Son utilité est souvent mal comprise: son réglage dépend de la capacité du smart trainer à reproduire les pentes.

    2 possibilités :

    1) Positionnement à 100% : si le HT simule jusqu’à 18/20 % (HT haut de gamme généralement), dans ce cas, aucune question à se poser.
    2) Positionnement à 50% par exemple : si le HT simule jusqu’à 8% (très courant sur les milieux de gamme). C’est d’ailleurs le réglage par défaut.

    Pourquoi :

    -Si le réglage est à 100%, le ressenti progressif d’une pente de 0% à 8% sera parfaitement perçu. Mais au-dessus de 8%, ce sera simulé faute de pouvoir faire plus pour le HT, et Zwift jouera alors sur le calcul de la vitesse instantanée, en la diminuant plus. Il faudra donc mettre encore plus de braquet, puisque au-delà de 8%, il n’y aura donc aucune différence de ressenti de la résistance, mais un abaissement de la vitesse de déplacement plus marquée.

    -Si le réglage est à 50%, effectivement le ressenti de la pente sera moindre jusqu’à 8%, mais il y aura une progressivité jusqu’à 16% dans le jeu (ce qui couvre presque toutes les bosses).

    Réponse

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