Il suffit d’observer les débats passionnés que génère le curseur de « Difficulté du Trainer » sur les réseaux sociaux pour mesurer le degré d’incompréhension de ce réglage dans Zwift.   

Derrière une terminologie contestable, ce cache en fait un principe simple mais dont les impacts dans le jeu ne sont pas toujours bien compris.

Même si ce sujet a déjà fait l’objet d’une abondante littérature, je vais donc tenter d’apporter une réponse différente sous formes de questions/réponses. 

Mais, c'est quoi ce truc ?

C’est normal d’être interpellé par la dénomination de ce curseur. Traduction littérale de “Trainer Difficulty” dans la version originale de Zwift, ce réglage donne impression qu’il va rendre le pédalage plus ou moins dur …

Mais, ce n’est pas le cas et la réalité est très différente.

Je viens de vendre un rein pour m’acheter le dernier modèle de home trainer interactif, je lâche un abonnement mensuel pour le logiciel qui est censé simuler le mieux la réalité … et ce truc permet de bidouiller la réalité !!!???!!!

Pour bien comprendre ce réglage, il faut connaitre le fonctionnement des logiciels de simulation de cyclisme.

Connecté à un Home Trainer Smart, le logiciel reçoit la puissance produite par le cycliste. Cette information est intégrée avec les paramètres du monde virtuel (pente, vitesse courante, le matériel, l’aspiration, le type de sol, etc. …). Ceci permet de calculer le bilan des forces qui concourent et s’opposent au déplacement du cycliste et ainsi déterminer l’évolution de la vitesse et nouvelle position du cycliste.

En retour, le logiciel va transmettre au Home Trainer les informations permettant de simuler la résistance. Pour coller au plus proche de la réalité, le Home Trainer va donc appliquer une résistance qui est l’addition des résistances induites par la gravité, le frottement de l’air et du roulage sol que le cycliste aurait rencontré dans le monde réel.

Résistance Totale = Résistance Gravitationnelle + Résistance Frottement Air + Résistance Roulage

Dès l’adaptation de résistance effectuée, le Home Trainer va à nouveau mesurer la puissance et la transmettre à Zwift. Cette boucle se répète plusieurs fois par seconde pendant toute la durée de la session. Elle est la base de tous les systèmes de simulation de cyclisme.

Zwift n’échappe pas à ce principe de fonctionnement. Cependant, il y apporte une adaptation via le curseur « Difficulté du Trainer » décrite ainsi : 

The default position is midway between “Off” and “Max,” or 50 percent of the grade resistance you’d find while riding the same grade of hill in the real world.”

Ce curseur a donc pour effet de déterminer le pourcentage de résistance liée à la gravité qui va être intégré dans la résistance totale simulée par le Home Trainer. Donc, la formule classique classique permettant de déterminer la résistance est donc modifier ainsi : 

Résistance Totale = (Résistance Gravitationnelle * % Difficulté Trainer) + Résistance Frottement Air + Résistance Roulage

Ce coefficient va donc permettre de diminuer la résistance due à la pente, voire même de l’annuler en mettant le curseur à zéro. Néanmoins, le fait de mettre à zéro le curseur ne supprime pas toute la résistance. En effet, les frottements de l’air et du roulage continuent à être simulés correctement quelle que soit la position du curseur. 

Ok ! Mais subir moins de résistance, c'est comme avoir moins de pente : ça change la vitesse ?!?

NON, et cette incompréhension vient de la difficulté pour notre esprit de séparer les effets « vitesse » et « résistance » du relief qui sont totalement liés dans la réalité.

Dans le monte virtuel, ces deux conséquences de la pente peuvent être traitées séparément. Et Zwift utilise cette possibilité :

  • Concernant le calcul de la vitesse, la pente est systématiquement prise en compte et intégrée à 100%.
  • Concernant la dureté, elle peut être minorée, voire annulée grâce au fameux curseur.
Mais si je baisse (discrètement) la difficulté, avec moins de résistance, je vais aller plus vite ? Est-ce que je vais gratter quelques places dans les courses ? Et d’ailleurs, est-ce que les autres compétiteurs ne l’ont pas déjà bidouillé ? Serait-ce pour cela que les autres vont plus vite et que je me prends des vestes ?

A même production de puissance, NON !!! 

L’algorithme utilisé par Zwift pour déterminer la vitesse à partir de la puissance produite donnera systématiquement la même vitesse pour une meme configuration (poids/pente/puissance/matériel/aspiration). La résistance n’intervient jamais dans ce calcul. 

Afin de garantir l’équité entre tous les participants et s’assurer qu’ils subissent tous les mêmes règles physiques, aucun paramètre de Zwift ne permet d’agir sur le calcul de la vitesse.  

Les concurrents ne sont départagés que par leurs poids, leurs matériels, leurs productions de puissance et leurs capacités à tirer le meilleur bénéfice de l’aspiration (si elle est disponible).

Mais, si j’ai moins de résistance, j’appuie moins fort donc je produis moins de puissance ! Donc, je risque d'aller moins vite ?

Effectivement, à rapport de transmission constant, ce serait le cas …

Mais, le cycliste va naturellement travailler à effort constant. Pour cela, il va donc jouer avec les vitesses afin d’adapter le développement et pouvoir développer une même puissance. 

Si il diminue la difficulté, le cycliste descendra naturellement sur un pignon plus petit afin de retrouver une résistance permettant de developper sa force & cadence habituelles. Donc, il va produire à nouveau la même puissance et donc retrouver la même vitesse …

Une autre manière d’envisager ce réglage est d’imaginer monter d’une cassette 11-32 au lieu d’une 11-28 sur son vélo. 

Dans le monde réel et pour une meme pente, quelque soit la cassette, sur le 28 dents, on ressentira la même résistance. Mais avec la cassette 32, on bénéficie d’un dernier pignon que l’on peut enclencher pour soulager l’effort et retrouver un peu de cadence.

Or, dans zwift, en diminuant la difficulté, on a vu que l’on allait produire le même effort mais sur un pignon plus petit. Donc, on dispose, comme sur la cassette montagne, d’un (ou plusieurs) pignons supplémentaires à gauche pour retrouver de la vélocité si nécessaire.

OK, mais on fausse quand même la résistance ! Donc, cela fausse la simulation ?

Oui, cela fausse la parfaite simulation du cyclisme.

Mais la conséquence est différente de celle qu’on imagine à priori. Comme dit plus haut, cela ne modifie pas la capacité du cycliste à produire des puissances identiques. Cependant, ces productions ne seront pas réalisées sur les mêmes rapports de transmission.

  • Plus on baisse la difficulté, plus on diminue l’amplitude du relief ressenti, moins il aura de besoin de changer de rapports.
  • Plus on l’augmente, plus il faudra jouer avec les vitesses pour compenser les variations de résistances liées à la pente.

Le véritable impact du curseur sur la simulation est donc bien dans la façon dont le cycliste va devoir utiliser sa transmission.

Mais comme j’étais à 50% par défaut, mes entrainements passés n’ont servi à rien ? Tous ces litres de sueur pour rien ?

NON, ils ont apportés le même bénéfice que si tu avais été à 100% (ou à n’importe quelle valeur) ! 

Car encore une fois, la seule chose qui comptent, c’est de bien définir et tenir les cibles de puissance !

Pour les exercices réalisés en ERG, ils ne sont pas impactés par le réglage du curseur car le ressenti du relief est désactivé dans ce mode (comme si le curseur était à 0%).

Pour ceux réalisés en libre, c’est même mieux … Car avec une influence du relief plus faible, et moins de changements de vitesses, les cibles sont mieux tenues.

De plus, la FTP chèrement obtenue à 50% restera valable à 100%. Donc si la FTP était bien réglée, les entrainements étaient optimaux !

Donc, si je veux la réalité, faut mettre 100% ?

La réalité est un grand mot ! Mais, en théorie, OUI … Pour obtenir la simulation physique la plus fidèle, il faut mettre effectivement mettre 100%.

Mais tout est une question de ressenti :  la réalité de l’un ne sera pas la réalité de l’autre …

Donc au final, je mets quoi ???

Pour reprendre l’excellente réponse de Quentin L., CM et fan des philosophes barbus :

« C’est vous qui voyez ! »

Le ressenti est quelque chose de personnel. Chacun trouvera réglage à son pied …

Et c’est tout ?

NON ! Sinon, ca ne serait pas drole ! Comme d’habitude, il a la théorie … et la pratique !

Mais, je développerai la suite dans un autre article.