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Ascension Ventoux IRL vs. Zwift

Ascension Ventoux IRL vs. Zwift

Alexis a monté le Mont Ventoux par Bédoin en IRL et sur Zwift en 48h. Toujours vivant, toujours debout (toujours la banane, rassurez-vous !), il nous fait part du récit de ses aventures et compare son ascension du Géant de Provence et celle de son jumeau de pixels.

INTRODUCTION

Le « Géant de Provence », le « Mont Chauve », les surnoms et qualificatifs ne manquent pas pour évoquer ce monument de l’histoire du cyclisme et de la Grande Boucle. Ventoux. Un nom qui fait se tendre les oreilles des passionnés de vélo que nous sommes. Un idéal, un rêve, un cauchemar.

Cela ne vous a pas échappé, rebaptisé « Ven-Top », la copie virtuelle du Mont Ventoux et sa mythique ascension par Bédoin sont LA grosse nouveauté du nouveau monde « France » disponible depuis le début du mois sur Zwift.

En attendant sagement de pouvoir participer à la 3ème étape de l’événement « L’Étape du Tour », j’ai décidé de faire un crochet par le Vaucluse pour tenter « In Real Life » l’ascension du Ventoux et ainsi pouvoir avoir un élément de comparaison entre le Ventoux, le vrai, l’unique, et son (nouveau) jumeau virtuel, le Ven-Top.

« Un Dieu du mal auquel il faut sacrifier. Véritable Moloch, despote des cyclistes, il ne pardonne jamais aux faibles, se fait payer un tribut injuste de souffrance. » – Roland Barthes, Mythologies

Je vais donc ici tenter de répondre, de manière très personnelle, à la question que vous vous posez sans doute :

« Mont Ventoux = Ven-Top » ?

Pour tenter de résoudre cette équation, je vous propose d’abord un débriefing rapide de ma montée IRL du Mont Ventoux avant de procéder à un comparatif décor/immersion et difficulté avec son petit frère de pixels.

Dans le Ventoux, personne ne vous entendra crier …

22,70 kilomètres, 1622 mètres de dénivelé, un mythe, un vent souvent supérieur à 90km/h et sans doute l’un des cols le plus difficile de France. Le décor est planté.

La première chose qui me frappe en arrivant à plusieurs dizaines de kilomètres de Bédoin, c’est le fait que le Mont Ventoux domine littéralement son territoire. Majestueux, il aimante, attire le regard et je vous le confesse, il m’intimide. Je décide, pour m’aider psychologiquement le lendemain de partir en repérage et de monter au sommet en voiture, sans doute la plus mauvaise des idées.

Le paysage est magnifique, le début de l’ascension débute doucement avec la traversée de deux petits villages, Sainte Colombe et Les Bruns, des vignes et le champ des cigales. Un dernier virage en épingle devant le restaurant « Le Mas des Vignes » marque l’entrée dans la (magnifique) forêt communale de Bédoin… et le début de l’enfer. Les amateurs de pinacées et de conifères seront servis, vous ne verrez que ça pendant presque 10 kilomètres. De longues lignes droites sous l’ombre des arbres, une pente constante à 8, 9, 10% de moyenne et des glissières de sécurité (qui me font, allez savoir pourquoi, penser au circuit allemand du Nürburgring) : l’ascension me paraît interminable et je suis en voiture. Au sol on retrouve les noms de coureurs célèbres et autres inscriptions, témoins de l’Histoire et du passage du Tour de France.

Arrivé au chalet Reynard, démoralisé et tétanisé par la peur de ne jamais parvenir au bout en en deux roues mécaniques, je décide finalement de prendre l’air (et le vent) en montant un peu à pied puis de redescendre afin de me laisser la surprise sur les sept derniers kilomètres, si par bonheur j’arrivais jusque-là.

« Certains y ont perdu la vie, d’autres du temps, d’autres le Tour. Le Ventoux a un aspect scénographique, topographique fort. Là-haut, il n’y a rien. Juste le vent. Il n’y a plus de repères, pas de forêt, pas de verdure, pas de paysage. Rien. » – John Lelangue, manager de l’équipe BMC Racing (aujourd’hui CCC Team)

C’est parti …

Le lendemain, j’y suis. Plus question de reculer. Chaussures serrées, casque attaché (je suis toujours stupéfait de voir des cyclistes tête nue ; on ne le répètera jamais assez : protégez toujours votre tête car même si elle est vide vous en avez besoin !) gel et pâte d’amande dans les poches du maillot, équipé de mon plateau 52/36 et de ma cassette 11/32, je quitte Bédoin.

Comme je l’avais pressenti la veille, les premiers kilomètres (le premier tiers) est plutôt tranquille, je décide de ne pas forcer comme un bœuf pour en garder sous la pédale ; seul et unique objectif du jour : arriver au sommet.

Comme le décrit Thomas Voeckler, l’ascension se fait vraiment en deux temps : la partie la plus difficile en forêt (le deuxième tiers), l’autre (le dernier tiers), après le chalet Reynard, en plein vent et en plein soleil. Une fois ce dernier passé, les arbres se font rares et le paysage désertique, lunaire, s’installe peu à peu. Le Mont Ventoux plante son décor. Entre calcaire et calvaire, il n’y a qu’une lettre… et beaucoup de souffrance.

Note à moi-même pour la prochaine ascension :
donner l’impression d’être en pleine forme, sourire et rentrer le ventre

Une fois le chalet passé, et avec déjà 15 kilomètres d’ascension dans les jambes, la pente reprend à 7/8% et le sommet du Mont Ventoux fait son apparition au loin. L’antenne de l’observatoire semblant tout droit sortie d’un album d’Hergé se dresse, menaçante. C’est un instant d’émotion intense, celui de rouler sur une route unique, mythique, balayée par le vent, les drames et les défaillances.

Si la partie la plus difficile est pourtant théoriquement derrière moi, l’observatoire paraît inaccessible et ne jamais se rapprocher, virage après virage. Il y a de nombreux photographes au bord de la route qui immortalisent pour moi ce moment unique qu’est une première ascension (menée à son terme) du Mont Ventoux. J’essaie d’avoir l’air en forme, de sourire et de rentrer le ventre, c’est plutôt manqué.

Arrivé devant la stèle du coureur anglais Tom Simpson et croisant les doigts pour ne pas subir le même sort, je m’accroche car les deux derniers kilomètres sont terribles avec une pente à 9 puis 10%. Après le Col des Tempêtes, la « flamme rouge », enfin. Encore quelques coups de pédales et j’arrive au sommet, libéré, délivré et avec le sentiment du devoir accompli.

La photo finish, pour pouvoir faire le malin au bureau le lundi matin

Temps d’ascension : 1h53 (Segment STRAVA « Mt.Ventoux via Bedoin » – 20,03km – 1539m de D+ – 8%) –

➡️ L’activité sur Strava

Dans le Ven-Top, personne ne vous entendra crier non plus !!

Remis de mes émotions de l’avant-veille, la dernière manche de « l’Étape du Tour » organisée par Zwift, première occasion officielle pour nous de gravir les pentes du Ven-Top, l’occasion était parfaite (et mes souvenirs encore bien frais) pour pouvoir comparer la fidélité du décor et de la difficulté entre le nouveau géant de pixel et son grand frère de calcaire.

Sentiment d’immersion / Fidélité du décor

Soyons honnêtes, l’attente et la disette de nouveautés valaient le coup sont maintenant mieux digérées. Il faut vraiment faire honneur au travail accompli par les équipes de Zwift, car de manière globale, l’ambiance et l’immersion sont là.

 

Pas de doute, nous sommes en enfer au Mont Ventoux !

L’habillage de l’étape avec les décors du Tour de France et notamment le ballon en forme de diable (mon coup de cœur), clin d’œil à l’allemand Didi Senft, personnage indissociable de la Grande Boucle depuis 1993, rajoutent une dimension mythique vraiment appréciable à l’ascension. On aurait presque envie de courir à côté de son vélo comme Christopher Froome en 2016 ou bien de pousser comme un mulet en mode Lance Armstrong vs. Marco Pantani (seulement pour ceux qui ont les poches toutes prêtes au frigo).

Le clin d’œil à « El Diablo », Didi Senft, personnage incontournable du Tour de France a fait chavirer mon petit cœur (presque autant que les 7 kilomètres à 9/10% de moyenne)

La beauté des lieux variera également en fonction de votre configuration et il y a fort à parier que l’expérience sera plus immersive avec un ordinateur doté d’une bonne carte graphique et un Tacx Neo qu’avec une tablette et un home trainer d’entrée de gamme ; et si vous avez comme moi une Apple TV 4K dont les graphismes sont honteusement sous exploités par Zwift, tant pis pour vous ! (Si jamais les équipes de Zwift passent sur ce post…).

Voir le Mont Ventoux ainsi surplomber le paysage est saisissant de réalisme, il ne manque que le chant des cigales !

Attention, si vous vous attendez à une reproduction du paysage strictement à l’IDENTIQUE, passez votre chemin et économisez vos jambes ! Autant le dire, il m’est quelque fois arrivé de me demander si les employés de Zwift avaient déjà mis les pieds au Mont Ventoux, voire même avaient regardé des vidéos de l’ascension. On trouve tout au long du parcours quelques fictions semblant être tout droit sorties de l’imagination des développeurs parmi lesquelles le tunnel, la ligne de chemin de fer et les différents cours d’eau dans la forêt, la forteresse et le pont en milieu d’ascension, la grotte à quelques kilomètres de l’arrivée…

Un petit aperçu des différents ajouts de Zwift qui n’existent pas en IRL
(à moins de remplir sa gourde avec autre chose que de l’eau)

Ceci s’explique (sans doute) par une volonté de Zwift de « romancer » l’ascension du Mont Ventoux et de nous faire passer le temps en ajoutant ces différents éléments fictifs. Comme le soulignait un Zwifter, il s’agit peut-être d’une anticipation de la fonte des glaciers et de la montée des eaux ! Les puristes du Géant de Provence trouveront sans doute à y redire, ceux n’y ayant jamais été auraient pu quant à eux trouver qu’il y avait trop de forêt. N’oublions pas que Zwift se différencie justement par ses graphismes de ses principaux concurrents qui eux se veulent plus « réalistes ». Après tout, avez-vous déjà croisé un Yéti dans l’Alpe d’Huez ? Inutile donc, selon moi, de jeter Lapierre (ou la marque de votre vélo) sur les développeurs !

La dernière partie de l’ascension, du chalet Reynard au sommet, est selon moi la plus fidèle en termes d’immersion. Là pour le coup (hormis la grotte et le cours d’eau) nous y sommes, il ne vous manque qu’une batterie de ventilateurs poussés dans leurs retranchements. Le grand et long virage devant le chalet, les virages, l’aspect désertique, l’observatoire et son antenne qui semblent ne jamais se rapprocher, la stèle de Tom Simpson, tout est là pour faire passer à vos jambes, un moment qu’elles n’oublieront pas.

Note de réalisme/fidélité : 8/10

La dernière partie de l’ascension, du chalet Reynard au sommet,
vaut vraiment le coup d’œil (et de pédale)

La difficulté

Passé la question du réalisme du décor et de l’immersion, se pose maintenant celle de la difficulté. J’ai réalisé la montée lors de la dernière épreuve de « l’Étape du Tour » avec, comme en IRL, un plateau 52/36, une cassette 11/32 et un home trainer Tacx Neo 2T réglé sur 100%.

Il faut évidemment garder en tête qu’en virtuel, il n’y a évidemment ni vent, ni altitude. J’ai également réalisé cette ascension dans le cadre d’un événement Zwift (qui pour beaucoup est synonyme de course) et donc avec une tendance à toujours vouloir en mettre un peu plus pour terminer le mieux classé possible.

Il faut là aussi une nouvelle fois saluer le travail de Zwift, car le dénivelé est dans sa globalité très fidèle à la réalité : c’est dur, c’est long (sans mauvais jeu de mots). L’ascension dans la forêt (le second tiers) m’a parue, par certains moments, plus difficile que dans la réalité et les 50 derniers mètres juste avant le sommet qui ont été remplacés par du plat. Mis à part cela, les sensations sont vraiment similaires, c’est surprenant ! J’ai peiné aux mêmes endroits, pu me « reposer » aux mêmes endroits, le second tiers est un enfer, les deux derniers kilomètres sont insoutenables …

Note de difficulté : 11/10 (oui vous avez bien lu !)

Mis à part quelques portions plus pentues dans le second
tiers de l’ascension et les 50 derniers mètres remplacés par du plat,
l’ascension du Ven-Top est vraiment similaire au Ventoux !

Mon meilleur temps s’explique sans doute par le fait qu’il n’y ait ni vent ni altitude (ni déchet au sol malgré la présence de poubelles tout au long du parcours !), ni l’émotion de rouler sur cette route de légende, ainsi que par le format « événement Zwift » qui m’a indéniablement fait pousser plus que l’avant-veille.

Oui, le virtuel et ses pourcentages sont toujours plus difficiles que dans la réalité avec un home trainer réglé sur 100%, mais j’ai retrouvé un niveau de sensations et de difficulté très fidèle à mon ascension réelle.

Temps d’ascension : 1h42 (Segment STRAVA « Ven-Top (Zwift Insider verified) » – 20,87km – 1530m de D+ – 7%)

➡️ Lien vers l’activité Strava

Alors, Ventoux = Ven-top ?

Après la reproduction de l’Alpe d’Huez, le pari de Zwift est clairement réussi et c’est assez impressionnant. Abstraction faite des éléments de décors inventés par les développeurs et de la difficulté un peu plus élevée avec un smart trainer réglé sur 100%, on s’y croirait. Ventoux = Ven-Top, oui pour ma part. S’il est certain que rien ne remplacera jamais l’IRL, le sentiment de fierté quand on fait sa photo devant le panneau et le bombage de torse en redescendant sur Bédoin, on s’en rapproche quand même beaucoup et c’est vraiment un « plaisir » de pouvoir se dire que l’on pourra faire le Ventoux toutes les semaines cet hiver. Alors, rdv dans votre pain cave et faites chauffer le pédalier !

Aux équipes de Zwift : on en veut davantage maintenant !

Les + :

  • L’immersion et l’ambiance générale
  • Un dernier tiers bluffant de réalisme
  • Le dénivelé fidèle sur la quasi-totalité de l’ascension
  • Le clin d’œil à Didi Senft

Les – :

  • Les éléments de fiction ajoutés par les développeurs (si vous êtes un puriste)
  • Les quelques mètres manquants au pied de l’observatoire
  • Rien ne remplacera jamais la sensation de l’IRL et la photo finish devant le panneau du sommet

Pour aller plus loin

 

Suivi des versions

  • 20 juillet 2020 : Publication initiale

A propos de l'auteur

Alexis CASTELLI

Cycliste du samedi, Zwifter du dimanche... La seule chaîne qui me rend libre, c'est celle de mon vélo alors "RIDE ON" et au plaisir de se croiser sur les routes de Watopia, ou d'ailleurs !

2 commentaires

  1. Avatar

    Excellent compte-rendu merci bcp! Ca me donne encore plus envie de le faire IRL apres en avoir bien chié dimanche matin dans mon garage!
    Ce qui aurait été vachement bien joué de la part de Zwift c’est de générer une photo en haut avec ton avatar, ton vélo et le panneau. (Et ton temps) Ils peuvent encore le faire 😉

    Réponse

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